24 10 2013

Peter Croteau
Images issues de la série Mountains, 2011—2012

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24 10 2013

Du skateboard, de la neige, des montagnes, un Karsten Kleppan…

16 10 2013

Yann Mingard
Images issues de la série Repaires, 2006–2011

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Toujours un grand fan de saut à ski ainsi que je l’évoquais déjà autour du travail de Guillaume Collignon et sa série Monuments of Madness.

Toujours intéressant aussi de voir des photographes contemporains se pencher sur des pratiques sportives.

yannmingard.ch

16 10 2013

Yann Mingard
Images issues de la série Fis Flying Championship for Nowness 

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« À cette époque, j’étais très lié avec Picasso. Malgré nos tempéraments très différents, nous étions guidés par une idée commune, [...] Nous habitions Montmartre, nous nous voyions tous les jours, nous parlions… On s’est dit avec Picasso pendant ces années là des choses que personne ne se dira plus, des choses que personne ne saurait plus se dire, que personne ne saurait plus comprendre… des choses qui seraient incompréhensibles et qui nous ont donné tant de joies… et cela sera fini avec nous. C’était un peu la cordée en montagne… »

Braque, la peinture et nous. Propos de l’artiste
receuillis par Dora Vallier, Cahiers d’art, 1954
16 10 2013
4 10 2013

Andreas Gursky
Albertville, 1992

4 10 2013
4 10 2013

Axel Hütte
Images de format variables, Autriche, 2011—2012

Médaille spéciale à Charlie Buffet pour sa biographie de Erhard Loretan. Un livre très direct et un style enlevé pour un alpinisme hors-norme. Champion.

Il avait publié auparavant Échappées belles qui tente de sonder l’insondable : l’aperçu de le fin (pour ne pas dire de la mort) qu’ont pu entrevoir quelques grimpeurs en proie à des chutes et autres moments que l’on ne souhaite à personne.

Sinon je vous parlerais de Greg Child (Cartes postale de la vire) un de ses jours. C’est un sacré numéro ce type.

3 10 2013

Des montagnes de livres…

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Tour du Mont Blanc, été 2013

« Si tu mets les pieds dans l’eau c’est pas grave ! » Il me tend la main depuis la rive, le torrent gronde tout autour de moi, je suis en équilibre précaire, chaque pied sur une pierre au milieu de l’eau, les jambes écartées, je vacille sous le poids du sac et cherche à m’appuyer avec mon bâton, dont la pointe disparaît dans les tourbillons. L’inquiétude de mon frère, ses yeux, sa voix et sa main tendue, ont matérialisé en une seconde un lien que j’avais oublié, tant il ne s’était pas manifesté depuis longtemps, mais qui était simplement en repos. Tout à coup au milieu de ce gué je suis de nouveau le petit frère, celui qui a suivi son aîné et auquel il faut faire attention. J’ai toujours été le plus peureux des deux, et de loin même, car si Henri est téméraire, je ne suis pas loin d’être un poltron, mais je me soigne et à ce moment précis le danger, dont l’importance est en grande partie fonction de la représentation que l’on s’en fait, est pour une fois perçu un peu plus grand par lui que par moi. Je me redresse, décline son aide, passe d’une pierre à l’autre, mets finalement le pied gauche dans l’eau et saute sur la rive. Je me sens bien sur ce chemin boueux, mieux que depuis des semaines. Je ne le sais pas encore, mais le refuge est juste derrière la montée qui nous fait face, quelques centaines de mètres de sentier, une centaine de mètres de dénivelé tout au plus. Parce que sur le tour du mont blanc, comme je l’ai découvert, on parle essentiellement en dénivelés et en heures de randonnée, assez peu en distance. La journée a été difficile et pourtant ce fût finalement celle où nous avons le moins marché pendant tout le tour. La veille, un orage a grondé à partir de la deuxième moitié de la nuit et depuis lors il pleut, de façon plus ou moins continue. Au sommet de la première montée de cette journée, le matin, j’ai ressenti un violent mal de tête qui m’a donné des sueurs froides et a fait flageoler mes jambes, je ne m’en suis pas encore rendu compte mais je me suis tordu la cheville sur une pierre et la douleur que je ressens depuis est en fait une petite entorse qui va me faire mal pendant les 3 jours qui restent et ensuite me forcer au repos pendant presque une semaine. Mais malgré tout, je me sens formidablement bien.

Marcher, c’est donner la parole à un être que l’on connaît bien, un nous-même qui semble attendre, en nous observant, lorsque nous ne le laissons pas s’exprimer, comme lorsque nous travaillons ou nous distrayons devant l’un des écrans de notre quotidien. Nieztsche se méfiait, paraît-il, de toute pensée qui n’aurait pas été formulée en marchant. Je ne sais pas si c’est vrai, je n’ai jamais lu Nietzsche, mais lorsque j’entends la musique du générique du journal télévisé de mon enfance, je pense à son livre du même nom et j’aime à penser que Zarathoustra est, à partir d’un personnage ayant véritablement existé, l’image choisie par le philosophe pour nommer ce nous-même que l’on a tant de mal mais tant de plaisir à retrouver. Ainsi en marchant, on trouve le repos de l’esprit, en ce sens où, à l’écart des assauts de notre vie quotidienne, on peut suivre une pensée librement, on peut même s’écouter penser, prendre conscience qu’il y a là une voix, dans notre tête, qui commente et représente ce qui nous entoure, figure la fatigue ou l’énergie, la peur, la lassitude ou le plaisir, et qu’il nous appartient d’écouter ou de contredire cette voix. Marcher au milieu de la nature, avec sur le dos de quoi dormir et de quoi manger, marcher toute la journée sans avoir à se préoccuper de l’heure, se coucher dans un sac de couchage avec un bonnet et des chaussettes épaisses, marcher dès le matin et jusqu’à la nuit, je me le figurais comme une formidable aventure. C’est cela sans doute, mais pas seulement.

Le tour du Mont Blanc enferme le massif d’un trait rouge sur la carte. C’est un chemin sauvage, qui conduit à des paysages magnifiques. À certains endroits dans le val Ferret, sur ce chemin en balcon, le spectacle est presque irréel, de l’autre côté du val, les montagnes sont si proches qu’elles semblent sorties de terre à l’instant. Leur taille est inhumaine, une autre échelle, c’est la nature dans tout ce qu’elle a de plus formidable, c’est-à-dire de si beau que ça en ferait presque peur. Elles sont extraterrestres avec leurs couleurs étranges, ce rouge ou ce vert si ténus qu’il faut se concentrer pour comprendre qu’ils ne sont pas bleus ou gris, et pourtant si puissants qu’ils nous apparaissent comme le plus beau rouge et le plus beau vert. Et les traits sont si nets alors qu’ils ne sont pas des traits, on peut les contempler à loisir, les photographier et les décrire, on ne pourra jamais retranscrire tout à fait ce qu’elles sont, parce que même au moment où on les a sous les yeux on n’arrive pas à les comprendre, je m’arrête plusieurs fois et suis frappé encore et encore, mais quelque chose m’échappe, j’essaye et regarde à nouveau ces montagnes, c’est comme se retrouver dans un tableau, c’est comme si un film sortait de l’écran et devenait réel, mais c’est encore autre chose, c’est comme se retrouver chez soi dans un lieu qu’on a jamais vu, prendre des inconnus pour son père ou sa mère, non, c’est n’importe quoi, je renonce et déclare qu’elles sont magnifiques.

Le tour du Mont Blanc, c’est aussi un parcours dont on ne sort pas facilement. Une route, dont certaines parties remontent aux romains et aux négociants des temps anciens, jalonnée de refuges. On n’y croise plus que des gens qui nous ressemblent, d’autres touristes, on se reconnaît comme se reconnaissent les backpackers dans les hostels, les pélerins à Saint Jacques ou les Américains en bas de la tour Eiffel. Et le reflet dans le miroir peut parfois être assez agaçant : comment se dépêtrer de ce groupe de jeunes français qui avance au même rythme que nous, pourquoi cet Israélien a-t-il un drapeau de son pays sur son sac à dos et surtout, c’est la stricte vérité, une guitare sèche parmi ses affaires ? Est-il vraiment obligé d’importer ici son nationalisme déplacé et ses mauvaises reprises de Simon and Garfunkel ?

Mais la marche domine, elle isole et nettoie en même temps l’esprit de ces petites pensées mesquines. Les montagnes imposent leur silence et nous laissent seuls. Nous sommes trois et bientôt chacun prend ses distances, suit son propre rythme, nous ne nous reverrons plus avant Champex, là haut au col, nous montons à travers la forêt sans croiser personne et arrivons en bas de la fenêtre de l’Arpette à la tombée de la nuit. Le lendemain est une des journées les plus difficiles, le chemin est droit à travers les pierriers jusqu’à la fenêtre de l’Arpette, le soleil cogne dès le matin, la douleur dans la cheville s’est tue, elle est remontée dans le genou, je n’ose pas me plaindre parce que c’est trop, je souffre physiquement, mais plus encore psychologiquement, je ne veux pas être la chiffe molle du groupe. Je ne dis encore rien, je serre les dents, 1000 mètres de dénivelé, 2h30 de montée, le chemin est raide, par endroit il disparaît dans les rochers, je marche, j’ai mal, il y a un peu de monde ici, tous transpirent et soufflent, il faut lever les jambes sur les pierres, pousser à la force du mollet sur le talon, le sac tire en arrière. Il n’y a plus que des pierres et des rochers, la montagne est hostile, verticale et coupante, difficile d’accès, le sommet se mérite, la poussière de la roche colle à la peau, encore un effort et ça y est. Au sommet, il y a une sollicitude bien naturelle entre les randonneurs, ceux qui sont juste en dessous sur le chemin, à quelques mètres, sourient à ceux qui sont en haut, ils se savent bientôt arrivés. Et ceux qui sont déjà assis devant le vide sourient en retour, se rappelant ces derniers mètres, se revoyant là où sont leurs compagnons et sachant le soulagement que leur apporte leur vision, parce qu’ils l’ont ressenti quelques instants avant. Mais ce jour là, à la fenêtre de l’Arpette, il y a un certain trouble. Cinq jeunes anglaises, blondes et en mini shorts, prennent le soleil et discutent. Elles ont 17 ou 18 ans et sont réunies comme à l’arrière du bus du lycée, elles commentent tel moment de leurs vacances, tel accessoire de l’une ou de l’autre, avec la même énergie que si elles étaient à un pic nic après les cours. Elles mangent leur sandwich en petits morceaux qu’elles tiennent entre le pouce et l’index, du bout de leurs jolies dents blanches. C’est un spectacle irréel et chaque marcheur en arrivant, comme je l’ai fait, les regarde, effaré, se tourne de tous côtés pour comprendre d’où elles viennent, mais non, elles sont montées elles aussi par ce sentier infernal, avec visiblement la même attitude que s’il s’était agi du chemin qui sépare le parking de la plage. Une française, la trentaine, le visage tout rougi par l’effort, fixe les jambes nues de ces créatures, elle boit goulument à sa gourde Quechua, s’essuie la bouche du dos de la main et remarque, dans un souffle « elles sont folles de s’exposer comme ça, elles vont cramer ». Mais les jeunes filles n’ont rien à craindre du soleil, ni de la montagne, elles se relèvent et étirent leurs jolies formes, laissant flotter leurs cheveux, elles remettent leurs sacs minuscules sur leurs dos, l’une d’elle y a accroché une petite peluche rose. Chaque homme qui se trouve là observe, médusé, le mouvement de leurs cuisses découvertes et de leurs bras délicats, leurs lèvres qui paraissent fraîches comme l’eau d’une fontaine tandis que, sans cesser de discuter, elles repartent sur le chemin, en file indienne, dodelinant, elles disparaissent dans la descente, sous la paroi, leurs voix s’apaisent tout doucement, leurs accents et exclamations meurent dans un dernier sursaut. Alors, la montagne reprend ses droits et s’impose à nouveau, le glacier du Trient redevient terrible, le paysage se rengorge, espérant ne plus être pris au dépourvu de la sorte et avec comme une inquiétude de perdre à nouveau de sa superbe, chacun efface de sa mémoire le mirage de ces 5 anglaises.

Nous prenons aussi bientôt le chemin de la descente, qui sera, en ce qui me concerne, encore plus terrible que la montée. Le spectacle du glacier est grandiose, d’accord, il ressemble même à un dragon étirant sa tête sur les rochers. Mais chaque pas est une torture. Même si je m’efforce de me dire que la douleur est dans la tête, je ne parviens pas à l’oublier plus d’une ou deux minutes et la descente dure au moins deux heures. Je traîne la patte, les deux autres sont loin devant, j’ai honte, je déteste ce chemin. La rivière qui coule au milieu de cette grande combe est formée par la fonte du glacier, ses eaux blanches semblent m’appeler. Henri et Colas ont eu la même idée, les voici juste au bord des rapides. Je ne réfléchis pas une seconde et enlève tous mes vêtements, je me plonge dans la petite piscine trouvée par mon frère, au pied d’une cascade, l’eau glacée est délicieuse, j’ai l’impression d’être un cerf épuisé, je me baigne et me rebaigne, je mets la tête sous l’eau et je sens mon cerveau soulagé comme un moteur surchauffé lorsqu’on l’arrête. La baignade m’a redonné vie, c’est comme si nous commencions une nouvelle journée. Quelques centaines de mètres plus loin, nous buvons une bière à la buvette et lisons l’histoire de la progression du glacier, depuis environ cent cinquante ans. Il n’a fait qu’avancer et reculer depuis qu’on le mesure, se dérobant aux prévisions et à la science des hommes jusque dans les années 60 ou 70. Mais désormais il ne fait que reculer et tout le monde sait pourquoi. Le dragon se meurt, comme tous ceux que nous avons croisés. La fille de mon frère, qui a tout juste 3 ans, ne pourra peut être pas se baigner avec ses amis dans cette rivière comme nous l’avons fait.

Puis nous remontons jusqu’aux Grands, ou nous dormons tous les 3 à la belle étoile, nous sentant proches des hommes et loin de la société en regardant les constellations, parfaitement heureux, comme si nous avions emporté un peu du glacier avec nous. Le lendemain mon genou me sort de cette rêverie passagère, j’ai si mal que je décide d’abandonner, j’en ai les larmes aux yeux. Je pensais que mon frère et Colas allaient me méjuger, diminuer mon mal, mais pas du tout, ils me soutiennent et cela me donne la force d’aller jusqu’au Col de la Forclaz sans trop me plaindre. Arrivé sur place, sitôt que nous mettons le pied sur la crète et découvrons, au sommet de la station du Tour, le versant français, je ne regrette presque plus de devoir en rester là. C’est comme si la musique s’était subitement arrêtée. Le télésiège tourne à plein, les promeneurs et les vttistes défilent à l’arrivée, des gens piquent-niquent un peu partout, la terrasse du restaurant d’altitude est pleine, là en bas le Tour, Argentière et Chamonix occupent la vallée en enfilade, en une longue succession de murs et de toits gris, scintillant ici et là. Rien de bien anormal ni de terrible en soi, nous nous regardons tous les 3, les bras ballants, avec un peu la même impression que l’on a dans le couloir de sortie d’un cinéma bondé, dans le piétinement des autres spectateurs, où à la sortie d’un TGV à Gare de Lyon. La fin, c’est tout. — Stéphane Rançon

25 09 2013
25 09 2013

Henri Rançon
Images du tour du Mont Blanc, été 2013