26 08 2014

Pierre Beghin, L’homme de tête (Éditions Guérin, 2014)

Trajectoire hallucinante et fulgurante que celle de Pierre Beghin, comète incandescente filant trop vite sur une route trop haute. Il n’y aura aucun temps mort pour l’ingénieur-alpiniste mais pas de répit non plus pour le lecteur emporté, soufflé, hypoxié presque par son parcours. Quel personnage, quelles ascensions !

En cette période 1970/1980, plusieurs générations d’alpinistes et de conceptions bien distinctes de l’alpinisme et de l’himalayisme cohabitent mais s’entrechoquent aussi. Les plus hautes montagnes du monde sont toujours en proie à quelques invasions monumentales où les colonnes de porteurs s’étirent dans le paysage. Néanmoins les temps changent sous l’impulsion de quelques grimpeurs hors-normes (Messner, Kukuczka) eux-mêmes fascinés par les héros solitaires des années 50 (Buhl, Bonatti). Il s’agit d’être autonome, esthétique, audacieux et d’aller vite (très vite). Les montagnes himalayennes doivent à présent s’aborder dans le même esprit que les grandes voies alpines sauf que les distances et les altitudes sont loin d’être semblables pour un niveau d’engagement parfois identique (voire pire). Le style Alpin est de retour et Pierre Beghin aka le crocodile sera de la partie.

Dans ce maelström notre alpiniste trace une voie originale, presque marginale. Admiratif d’un Messner dont il ne partage pas la dimension médiatique et sa communication “sensationnaliste”, croisant la route d’un Berhault sur une autre longueur d’onde, partageant le Horbein (couloir en face Nord de l’Everest, celui-là même où disparu Marco Siffredi) avec Loretan et Troillet qui iront beaucoup trop vite dans leur night-naked style (la forme la plus poussée et engagée du style alpin), il s’épanouira seul le plus souvent. “Solitaire par prédilection, il ne fuyait pas l’entente harmonieuse et fugace de la cordée. Des compagnons différents en témoignent, mais il ne les rencontrait que dans l’alternance de ses échappées fulgurantes vers le haut.”

Engagé en expédition, il mute, devient animal : le fameux crocodile. Hermétique. Tout tendu vers son objectif (souvent complexe comme en témoigne ses choix d’ascension portés vers des voies nouvelles et extrêmement engagées) témoignant d’un formidable appétit d’aller de l’avant, d’une pugnacité sans limite pour cet alpiniste sans prédispositions physiques exceptionnelles. L’effrayante attraction des sommets où ce qui reste de raison s’évapore dans les zones d’oxygène rare pour reprendre le titre de l’un ses premiers ouvrages (Hautes altitudes, voyage dans l’oxygène rare, 1991) contribuera à expliquer une attitude limite et parfois incompréhensible pour certains. “Quant à tous ceux pour qui il y aura toujours autour d’une telle vie un halo d’absurdité, voire de vanité, marqué du sceau de l’incompréhension, qu’ils reconnaissent qu’en certaines régions, les barrières mystérieuses de notre monde ne sont fréquentées que par de tels êtres”.

Antihéro par excellence, Pierre Beghin disparait en 1992 sous les yeux du jeune Jean-Christophe Lafaille en plein milieu de la face sud de l’Annapurna lors d’une tentative d’une voie directe. Beghin, le scientifique, savait mieux que personne que la ligne droite est ce qui se fait de mieux pour joindre deux points et c’est souvent la voie qu’il choisit pour filer vers ses rêves. Mais il sait aussi, ayant étudié les avalanches de près, que tout fini irrémédiablement vers le bas. “Et je vois Pierre partir, la tête tournée vers le ciel, les bras impuissants, le dos lestés par son gros sac. Il est emmitouflé dans sa capuche, Bibendum indéfinissable, et pourtant ses yeux sont là qui me transpercent ! Deux lumières qui s’éternisent dans le vide. Deux interrogations habitées par l’effroi.” (Jean-Christophe Lafaille, Prisonnier de l’Annapurna, 2003)

26 08 2014
26 07 2014

Céline Clanet
Images issues de la série Les Chapieux, Géographie d’un secret, 2011– 2013

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En mémoire depuis quelques temps déjà, je guettais l’apparition des images du dernier travail de Céline autour de la vallée des Chapieux. Toujours initié par la fondation FACIM, la photographe est donc allée se perdre au dessus de Bourg St Maurice dans un domaine dont l’une des particularités est son isolement hivernal. Renouvelant une approche de commande déjà opérée pour cette même fondation avec son projet Des barrages et des hommes en Savoie, Céline livre ici une vision apaisée, presque silencieuse de ces lieux. Des images très pudiques face au spectacle de la montagne.

26 07 2014

Une jolie série mi-mer mi-montagne réalisée au sud du Portugal. Une région où de valeureux pécheurs dévalent (et gravissent) des falaises raides et mystérieuses à la recherche de leur butin.

www.joaograma.com

2 07 2014

João Grama
Images de la série Ropes, 2012

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23 06 2014

Emmanuelle Blanc
Images issues de la recherche intitulée Alpes 

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Interview               Emmanuelle Blanc

Les images Alpes me semblent à mi-chemin entre des prises de vues plutôt classique dans l’univers du paysage, un impression frontale, un soin pour le détail et une intention plus « filmique », une vue subjective où j’ai l’impression d’être dans la peau d’un chamois ou d’un oiseau. Cela me plaît assez. Peut-on y voir le fait que tu es avant tout une « habitante » de ces lieux avant d’être une photographe ?
Oui, bien sûr, c’est d’avoir grandi dans les montagnes et la sensation d’être à ma place quand je suis là-haut qui me donne ce point de vue sur ces paysages.

On trouve les images Alpes inscrites dans le volet Recherches de ton site mais apparemment aussi dans une série plus large intitulée Cartographie d’une extrème occupation humaine, Comment est-on passé de l’un à l’autre et quel est le cadre de cette évolution/réflexion ?
On se heurte ici aux limites d’internet : les images sont trop petites pour être complètement intelligibles. Elles sont pensées pour être montrées en grands tirages. Il s’agit de 2 séries réalisées en parallèle.

La série Alpes est un hommage à la puissance et la beauté des paysages que je découvre (ou re-découvre) avec toujours autant de plaisir. Une façon de partager avec les visiteurs de mes expositions les sensations que je peux éprouver. Elle est exposée chez Jiga jusqu’à mi-septembre.

Cartographie d’une extrême occupation humaine est un travail que j’ai mené avec le collectif France(s) Territoire Liquide, sous la direction artistique de Paul Wombel. Cette série est actuellement exposée au Tripostal à Lille dans le cadre des Transphotographiques : « Au départ, cette question : existe-t-il encore, en France, beaucoup de paysages naturels, sauvages, sans traces humaines ? Et quelles définitions donner à ce terme, « paysage » ? Regarder, à nouveau, la peinture de la Renaissance puisqu’elle est à l’origine du mot. Mais préférer le Romantisme qui questionne la place de l’homme face aux éléments et joue de nos émotions. Ensuite, étudier la cartographie de la région choisie, le nord des Alpes, pour sélectionner les lieux propices aux belles rencontres (ou plutôt aux confrontations). Attendre la saison et surtout la météo souhaitée. Enfin, chaussures de randonnée, sac à dos et bivouacs avec mes compagnes (ou compagnons) de marche au cœur de ces paysages où je me sens chez moi, à ma véritable place. Paul Wombell, devant mes récoltes, met des mots dont certains étaient encore dans mon inconscient. Il évoque le sublime, les lumières particulières, les ciels dramatiques, les échelles de taille et de temps de la Terre face à l’Humanité… C’est bien de cela dont je voulais parler… en images… »

En parlant de migrer d’un état à un autre, tu as étudié l’architecture (si je ne trompe pas) et tu es à présent photographe. Quelle passerelle entre les deux pratiques est apparue ?
Il s’agit toujours pour moi de parler d’espace sensible. Dans mon travail de photographe, c’est le fil rouge de mes différentes séries, que ce soit des images d’architectures ou de montagnes, c’est le volume, les vides entres les choses qui m’intéressent. Déjà au cours de mes études d’architecture le concept japonais Ma était la matrice de mes projets (il s’agit du vide, de l’espace entre les différents éléments architecturaux).

On parle en ce moment du projet France(s) Territoire Liquide (initialement intitulée We are French si je ne me trompes pas). Peux-tu nous dire de quoi il retourne et qu’elle est ton implication dans ce projet ?
France(s) Territoire Liquide, une nouvelle mission photographique sur le territoire français… un collectif de 43 photographes se cache derrière ce nom étrange.

 « Les paysages ne sont jamais statiques; ils changent constamment en fonction du climat et des interventions de l’homme. Une intervention significative a été la délimitation des terres en territoires bien définis appelés nations. A partir de ces territoires, les caractéristiques humaines sont déterminées et façonnées en identités nationales.
Fin 2010, un groupe de photographes résidant dans l’un de ces territoires nationaux appelé la France décide d’entreprendre un nouveau projet photographique. Il a pour ambition de chercher à savoir comment la photographie pourrait définir les caractéristiques principales de l’identité et du territoire français au début du 21ème siècle.
Au cours de ces 3 dernières années plus de 50 photographes ont participé activement à ce projet photographique en travaillant en toute liberté afin de créer une nouvelle vision du territoire français. Il en ressort une exposition au sein de laquelle 43 photographes exposeront leurs travaux pour la première fois au Tripostal de Lille. » Paul Wombell, curateur et directeur artistique de l’exposition France(s) Territoire Liquide
23 06 2014

Quelques images mi-ciel mi-montagne issues du journal du photographe.
www.yvessuter.com

17 06 2014

Yves Suter

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16 06 2014

Benjamin Schmuck
Volcan El Teide, Ténérife

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11 06 2014

Raymond Depardon
Images issues d’une série sur les Jeux Olympiques d’Albertville, 1992
© Raymond Depardon/Magnum Photos

Pèlerinage du Qoylloriti, Andes Péruviennes.

eirikjohnson.com

6 06 2014

Eirik Johnson
Images issues de la série Snow Star
Massif du Colquepunko, Pérou

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J’ai traqué la vie dans la couleur
par les plastiques,
les fluorescences, le néon, les lumières artificielles et maintenant
les rapports faux, la dysharmonie,
les tableaux avec erreurs,
mal faits, ratés, affreux, le mauvais goût, l’horrible, et enfin et surtout tout ce qui est artificiel.

4 06 2014

Martial Raysse
L’appel des cimes, Tableau horrible, 1965

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4 06 2014

Olivier Talbot