Makalu, Pilier Ouest                   R.Paragot / Y.Seigneur (Arthaud, 1972)

Amateur de cordée alpine légère et gracieuse, inconditionnel d’Ueli Steck (son livre Speed sort d’ailleurs en janvier aux éditions Guérin) ce livre sera votre pire cauchemar. Ici on déroule des kilomètres de cordes fixes, on se propulse aux jumars et on rentre même en hélicoptère jusqu’à Lukla. C’est plus rapide.

Nous sommes en 1971 et le Makalu (8481 mètres à l’époque mais 8463 aujourd’hui), déjà propriété française (L.Terray, J.Couzy, 1955), se voit attaqué par son pilier ouest : une formidable arrête de presque 2000 mètres. La Walker de l’Himalaya dira-t-on à l’époque. Temps exécrable, sherpas inexpérimentés, tentes Makalu (!) et alpinistes barbus. Environ deux mois et 5890 mètres de cordes fixe plus tard (!), l’assaut se précise. Le 23 mai 1971 pour Bernard Mellet et Yannick Seigneur c’est : summit!. Que retenir tout de même de ce livre pas tout à fait palpitant : on y trouve de nombreux schémas scientifico-intéressants (courbes de niveaux et topologie du pilier ouest, histogramme des altitudes par alpiniste sur toute la période de course, etc.), les chaussures Galibier « Demaison face nord » utilisées par l’équipe pèsent 6 kg 800 la paire, les bouteilles d’oxygène fuyaient presque toutes et les masques étaient si gros que les alpinistes ne voyaient pas leur pied. Leur utilisation en a été par conséquent restreinte et l’ascension s’est faite quasi sans apport d’oxygène sous 8000 mètres. Au delà il le fallait bien et les alpinistes ont fait ce qu’ils ont pu. À ce propos une réflexion est évoquée par Robert Paragot, le chef d’expédition : Les gains d’énergie et de vitalité dus à l’apport d’oxygène ne sont-ils pas entièrement utilisés à transporter le matériel qui fournit ce gain ? (…) on peut se demander où est le bénéfice dans cette opération ! Pour conclure, je vous laisse avec ce même Robert Paragot et ses pensées visionnaires (à remettre dans le contexte mais tout de même) :

On m’a parfois demandé si il était raisonnable, compte tenu du perfectionnement des techniques et du talent de jeunes générations de grimpeurs, d’envisager la réalisation, sur les très grands objectifs himalayens, d’expéditions légères de style alpin, menées tambour battant, en quelques jours (ndlr. voire en quelques heures!), avec bivouacs. À la lumière des expériences récentes de l’Annapurna Sud (ndlr. Whillans, Haston sous la conduite de Bonington) et du Makalu, je crois pouvoir répondre : non; catégoriquement non. (…) Comparer les Alpes à l’Himalaya, c’est commettre une erreur fondamentale, car on ne peut comparer que des choses comparables. (…) Il faudra (…) un recours systématique aux engins aériens, à l’hélicoptère en particulier, qui supprimera les problèmes de portage et de ravitaillement. Les marches d’approche aussi. Easy !

28 11 2012