20 08 2013

La trace de l’ange, la vie de Marco Siffredi         Antoine Chandellier, Éditions Guérin, 2005

«En redescendant, le cœur léger, je sifflote gaiement. Je viens de gagner le ticket pour le cap Horn, l’Amazonie… Ah ! Connaître l’enfer vert, la chaleur suffocante, les moustiques, les papillons aux ailes moirées, manger de la soupe de perroquet Ara, de la queue de caïman, avaler des larves gluantes, découvrir les mers du sud, entendre rugir le vent des quarantièmes, entendre hurler celui des cinquantièmes en doublant le cap Horn, siffler le dauphins qui dansent au clair de lune, apercevoir les glaciers qui brillent au fond des fjords ! Je veux vivre à en crever…»

Comment ne pas commencer ce texte par cette citation de Jean-Marc Boivin (issue de L’abominable homme des glaces, 1983) qui fût l’un des modèles de Marco Siffredi. Vivre à en crever ! Voilà qui résume bien les intentions du chamoniard et sa disparition en 2002 lors de la descente du couloir Hornbein (en face nord de l’Everest) finit d’enfoncer le clou. Il n’avait pas de temps à perdre. Il avait 23 ans, «épuisé» les couloirs au dessus de chez lui, perdu des proches, fait des premières et surtout grillé quelques « crédits »  comme il disait. Dieu sait ce qu’il aurait pu encore descendre si il avait fini son Hornbein…

Dans des couloirs à 45, 50, 55, 60° c’est moins du freeride que de l’engagement physique et mental pur et extrême (un terme déjà à l’époque bien dévoyé) : «là où s’arrête le freeride, commence ce moment où le droit à l’erreur n’est pas permis». L’extrême donc, piolets aux mains, carres ultra affutées et gros cœur notamment lors de la première en snowboard du Nant Blanc (voie Charlet-Platonov, ED+) à l’Aiguille Verte en 1999. Seul, sur les traces de son mentor Jean-Marc Boivin qui fit la première en ski 10 ans auparavant, le jeune Marco devance André-Pierre Rhem et Jérome Ruby (ici en face nord du Triolet) eux aussi dans les starting block pour cette première.

Au fil du livre l’on se retrouve plongé dans le Chamonix des années 1990, dans cet univers confiné où la montagne nourrit les familles mais peut tout aussi bien les détruire, dans ce lieu écrasé par les sommets et l’histoire mais également dans une période « rebelle » où les références ont changé, où les limites sont repoussés (je pense à Bruno Gouvy, Berhault, Boivin bien sûr) et où notre héros vit à 100 à l’heure. Ce récit se tient donc là et c’est avec beaucoup d’enthousiasme que j’ai suivi, sur le fil, Marco Siffredi, un mec qui commença le snowboard à peu près en même temps que moi. De mon côté, sur les pentes vallonnées de Saint-Gervais et lui sur les versants beaucoup plus raides de Cham’. Une sacrée différence…

20 08 2013